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déroulement du projet

Présentation de la classe

Choisie par hasard cette classe se révèle en grande difficulté d’après les résultats aux tests d’évaluation sixième avec un comportement très difficile. (Ainsi les pourcentages de réussite en français se situent autour de 45% et de 35% en maths alors que le collège République tourne autour de 50% quand les chiffres nationaux sont de 60%)

.Seuls une poignée d’élèves sont capables de tirer profit de l’enseignement dispensé au niveau sixième. La moitié a un an de retard, le quart deux ans ; un élève est illettré bien qu’ayant suivi une scolarité normale depuis le CP ; deux autres ont un niveau de fin CE1, la majorité éprouve de sérieuses difficultés à l’écrit et en lecture. Dès les premiers cours la classe va exprimer son rejet de l’école par un comportement de groupe violent et très difficile à gérer.

Les conditions de prise en charge sont bonnes voire exceptionnelles puisque cette classe bénéficie de 7h de français dont une heure de soutien à 12 élèves. Le professeur de soutien participe au projet et assiste à un cours de français à partir de janvier. On peut donc dire que cette classe a bénéficié de 8h de français. Ces conditions ont permis la réussite du projet.

Cette classe fera l’objet d’un suivi quasi permanent par l’administration, les CPE, l’assistante sociale , le médecin scolaire qui finira par porter ses fruits mais le rôle du projet a été très important de l’avis de tous par ses retombées très positives constatées au conseil de classe du dernier trimestre.

Modifications par rapport au projet :

Changement dans l’équipe : outre les deux enseignants de français prévus, le professeur d’histoire géo, Madame Evuort, se rallie avec un projet sur l’étude du milieu et de la commune de Macouria. Le professeur d’éducation musicale, découragé par l’attitude des élèves, se retire mais suit attentivement et le groupe finira par s’assagir dans son cours vers février et lui réservera une surprise lors de la veillée contes. Le professeur d’arts plastiques , Madame Caravero, suit de près le projet et intervient au dernier trimestre dans la réalisation finale du recueil.

Changement chez les intervenants : Le conteur aluku ne viendra qu’une fois pour des raisons personnelles et il sera fait appel à Frank Compper pour une séance d’une heure et demie.

La préparation des interventions :

La séquence contes en cours de français

Elle a lieu en novembre-décembre avec des contes très divers car le livre de contes de Guyane n’est pas arrivé. L’acquisition de la structure traditionnelle des contes européens est maîtrisée. Mais l’appel à l’oral est systématique.

Les enfants qui connaissent des contes commencent à en raconter. Toute la classe a acquis les formules de début de contes qui circulent encore en Guyane. Il y a bien en Guyane des braises qu’il suffit de ranimer. Leur étonnement sera grand quand ils rencontreront les contes palikur amérindiens, très différents dans leur structure et sans formule de début.

Une introduction aux langues et cultures présentes dans la classe est abordée en particulier par le biais du conte Haïtien « TEZEN poisson d’eau douce » dans une version bilingue écrite par Mimi Barthélémy (édition l’Harmattan). Le professeur de français, d’origine antillaise et qui maîtrise bien les différents créoles français présents en Guyane, introduit une ou deux pages en créole écrit. Des enfants haïtiens, dont une jeune fille très timide, se révèlent alors car ils connaissent la chanson. Cette séance est très importante dans la constitution d’un réel groupe classe en dehors de celui qu’essayaient de constituer les meneurs dans la violence et le refus de l’école. On le verra lors de la réalisation de la veillée contes.

Des recherches sont faites avec les élèves sur les cultures de Guyane à l’aide de document et de la video réalisée par les enfants du Fleur de Lampaul chez les Wayanas.

Des contes écrits sont lus en classe : Maïpouri, conte galibi, le colombo de tortue conte aluku, issus de différents recueilsde contes de Guyane.

Une première sortie sur les arbres du quartier,

Une visite de l’Herbier de Guyane, permet à la classe d’évoluer dans son comportement car c’est un enjeu pour des sorties futures dont les enfants sont très conscients. Un travail en informatique de rédaction à partir de photos est réalisé avec succès et beaucoup de plaisir. Cette réalisation est envoyée aux correspondants d’Angers. C’est l’occasion de découvrir l’environnement présent dans les contes et pour certains élèves de mettre en valeur leurs connaissances de ce milieu acquises dans la famille même si cela concerne bien peu d’élèves.

Les séances avec conteurs ont démarré en décembre ;

Le premier conteur, Aluku, n’a pu venir qu’une fois pour des raisons personnelles ; la séance a été excellente avec de nombreuses questions des élèves sur la culture, le mode de vie et la langue aluku. Beaucoup de questions aussi sur le « statut » du conteur : Comment devient-on conteur ? Où avez-vous appris vos contes ? Le conteur, médiateur culturel et bilingue à Maripasoula, est très motivé et apprécié ; les enfants sont surpris et intéressés par ce qu’ils apprennent sur le rôle qu’il joue à l’école dans le cadre d’un projet mis en place depuis 4 ans par le Rectorat de Guyane sur la présence des langues maternelles dans une vingtaine d’écoles. C’est aussi l’occasion d’acquérir des connaissances sur la géographie de la Guyane : où est Maripasoula ? Comment s’y rend-on ? Comment y vit-on ? ainsi que sur l’histoire : Qui sont les Noirs marrons ? D’où viennent-ils ? etc.…

Les contes sont racontés en aluku d’abord

Un élève de la classe qui a vécu à Saint Laurent et comprend cette langue en fait d’abord une traduction globale avant que le conteur n’en donne une traduction écrite. Cet élève, totalement illettré, se révèle dans la classe. Il a beaucoup de connaissances du milieu de la forêt et sera passionné d’un bout à l’autre de l’année par le projet conte.

Au cours de cette séance les élèves sont très attentifs, participent beaucoup et se montrent disposés à faire des comptes rendus individuels qui restent encore assez pauvres mais l’écrit n’est plus objet de rejet. Le groupe de soutien en français rédige une lettre aux correspondants d’Angers en salle d’informatique. Cette démarche sera ensuite systématique et allant de soi. En cours d’année c’est toute la classe qui reprend la démarche de compte rendu avec plaisir et aura aussi accès à la salle d’informatique

Appel a donc été fait à un autre conteur pour assurer des séances en décembre et Frank Compper a pu venir une seule fois une heure trente pour raconter des contes divers dont deux en créole qui marqueront beaucoup les élèves. Cette séance ne pourra se renouveler pour des raisons d’emploi du temps.

Les séances de contes amérindiens palikur :

Cinq ont lieu comme prévu en janvier et février avec madame Mauricienne Fortino qui vient une heure par semaine et raconte 2 à 3 contes par séance. Ces contes sont très longs, n’ont pas la structure « Propp ». Ils sont une sorte de voyage aventureux qui donne des renseignements sur les croyances et le mode de vie des Palikur. Ils sont actuellement inédits mais ressemblent pour certains à d’autres contes amérindiens de Guyane.

Ces contes sont l’occasion de nombreuses explications sur le mode de vie des Palikur :
l’abattis, le cachiri, le hamac, la pêche, la chasse, les animaux de la forêt, les arbres et les plantes, mais aussi la façon de penser les rapports humains, le rôle des femmes, les différents apprentissages, les conceptions sur l’au delà, la mort, le sens de la vie, le rôle des chamanes. Les enfants posent de nombreuses questions et se montrent passionnés et très attentifs. avec de nombreuses remarques pertinentes qui montrent bien que leur échec scolaire n’est pas une fatalité. Ce sont ceux qui sont le plus en rupture scolaire qui se manifestent le plus mais aussi les quelques « bons élèves » de la classe dont l’implication ne cessera d’augmenter.

Pour le moment aucun « travail » scolaire ne leur est demandé : il s’agit bien de la phase d’imprégnation prévue dans le projet.

Un bilan sur les contes entendus est écrit collectivement  : au cours d’un débat oral un texte collectif est écrit au tableau complété par la mise en commun de petits textes individuels. (voir la page intitulée « contes palikur » dans le recueil). Cette analyse montre bien que des connaissances réelles bien qu’incomplètes sur les Palikur sont passées grâce à la venue de la conteuse.

La sortie à Macouria :

Le mois de mars est réservé à sa préparation en français et en géographie avec recherche documentaire ; un questionnaire sur la visite du village palikur de Macouria et des abattis collectif.

Réalisation des projets : la veillée contes du 21 mai

La phase de restitution des contes est alors abordée au retour des vacances de Pâques. Plus de deux mois se sont écoulés depuis l’écoute mais la mémoire des enfants est parfaite : la restitution a alors lieu collectivement une heure par semaine où la classe est dédoublée grâce à l’heure de soutien. Cette restitution est essentiellement orale et repose sur le choix des élèves. Là encore ce sont des élèves « perdus » qui se montrent les meilleurs participants. Il est possible de vérifier combien l’écoute des enfants a été efficace alors même que le projet de « veillée contes » où ils seraient appelés à raconter leur avait à peine été présenté. La personnalité des conteurs, leur présence, leur investissement sont des modèles pour les enfants qui cherchent visiblement à les imiter par pur plaisir. Il faut 3 séances dédoublées pour arriver à restituer une dizaine de contes.

Puis viennent alors les choix des contes à raconter pour la veillée contes. Tous les élèves étant amenés à participer il faut procéder à un découpage avec plusieurs conteurs et intervention de chœur chanté ou parlé. Un travail sur l’oral, la voix , la correction grammaticale du passé simple, la présence du conteur est alors engagé pendant 6 h toujours dédoublées. Le professeur de français consacre alors deux heures par semaine au projet.

Le choix des contes a été fait par les enseignants et les élèves.

- Le conte TEZEN dans sa version haïtienne – alors qu’il en existe une version guyanaise que F.Compper avait du reste racontée- C’est le groupe classe qui l’a voulu pour permettre la chanson que la jeune fille de la classe avait chantée lors de la toute première séance et qu’elle a apprise à tout le groupe ;

-  Deux contes amérindiens ont été retenus par les élèves :
le singe , le tigre et l’homme, conte facétieux et Macawem ou le corbeau à deux têtes, récit de voyage initiatique extrêmement riche en aventures.

- un conte en créole : Tchocho, choisi par tous les élèves, conte de randonnée reprenant le sujet de « Biquette qui ne veut pas sortir du chou » que F. Compper avait raconté de manière très vivante en l’adaptant totalement au contexte guyanais. Les élèves qui choisiront ce conte s’y montreront inventifs et brillants, dépassant en liberté leur modèle. Or il s’agit d’élèves qui au début d’année s’étaient surtout fait remarquer comme des meneurs très destructeurs…

Les conteurs volontaires avaient tous des niveaux scolaires différents, du meilleur élève au plus faible. La mise en place a demandé un gros investissement car si certains se sont révélés avec un véritable talent tous ont dû travailler pour s’améliorer
.
Certains contes ont été théâtralisés pour permettre à tous de participer ; cette théâtralisation s’est bien entendu faite sans support, costumes ou accessoires, reprenant simplement la façon propre à un conteur de jouer son histoire dans uns sorte de présence physique et d’investissement corporel. Un accompagnement musical à base de percussions a été inventé sans aucune aide par les élèves. Ils ont aussi inventé une chanson chorale pour le conte Macawem qui avait la forme d’un rap. Ils ont complètement réinvesti les contes en brodant librement tout en respectant le contenu. Ils ont rajouté des formules de début aux contes amérindiens. Ils se sont donc approprié les contes tout en les respectant.

Les contes racontés en créole ont été ceux où les élèves se sont montrés le plus à l’aise avec une grande capacité inventive et d’improvisation.

La veillée contes s’est déroulée le 21 mai 2002 au CDI sur invitation des élèves.

A noter qu’ils ont invité tous leurs enseignants qui sont venus nombreux et ont été assez étonnés par leur performance. Le professeur de musique a été très ému quand à la fin sans que personne n’ait été au courant ils se sont regroupés pour chanter une chanson de Balavoine apprise au cours de musique et qui n’est pas anodine : « SOS ».

L’écriture et l’illustration du recueil

Au cours de la phase de restitution certains se sont mis spontanément à écrire, bien entendu parmi ceux qui maîtrisent le mieux l’écrit et qui ont alors fait de remarquables progrès. Au lendemain de la veillée tous ont répondu positivement à la suggestion de faire un recueil sur ce que la classe avait vécu autour des contes. Ils étaient peu ou prou habitués au traitement de texte, en particulier pour ceux du groupe soutien qui ont toute l’année écrit individuellement et collectivement à leurs correspondants d’Angers, souvent à partir de photos.

Chacun va donc choisir un conte court ou un extrait de contes dont la mise au point demandera au moins 6 séances, ce qui fait que les élèves vont continuer à travailler alors qu’habituellement un relâchement se fait nettement sentir dans les collèges début juin. A noter que tous les textes sont cohérents et très personnels. Le passé simple est de mieux en mieux maîtrisé ainsi que l’emploi des temps d’une manière spontanée.

Plusieurs élèves ont tenu à écrire leur conte en créole, ce qui montre que le goût pour l’écrit peut passer par le plaisir d’écrire sa langue maternelle.

Les illustrations seront réalisées en trois séances en cours d’arts plastiques, après une visite de l’exposition d’une artiste, Catherine Hallier, venue exposer au collège. Cette artiste utilise de manière originale différents matériaux comme le sable, la terre. Les élèves ont eu comme consigne de « faire parler une ou plusieurs couleurs », ils ont été invités à utiliser un matériel insolite pour eux comme éponge, paille pour souffler la couleur… La deuxième consigne était de remercier les conteurs par un dessin.
Tous n’ont pu terminer mais les réalisations retenues font preuve d’un grand investissement ; le professeur a noté que certains se racontaient le conte en peignant.

Tous ont pu repartir avec un recueil reprenant leurs propres productions et une partie commune sur la visite chez les Palikur. Ils ont eu beaucoup de plaisir à réaliser ce recueil, en particulier pour la première page qu’ils ont réussi à mettre en page eux mêmes. Chaque élève a également tapé et mis en page son propre texte.