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2014 - 2015 école du bout de la mer

Le déroulement des APC s’est construit avec les élèves

Élèves concernés
12 élèves de CE2 inscrits volontaires pour cette activité répartie sur 6 séances entre les vacances de février et d’Avril.
Ces élèves volontaires ont le choix de l’activité de 15h30 à 16h 25 . Les autres rentrent chez eux ou vont en étude surveillée.
Tous sauf un ont entendu des contes depuis 3 ans ( plus de 50 contes entendus dont la majorité en CP en 2012/2013.)
Ils ont tous participé (sauf un) l’an dernierà une séquence équivalente et tous ont déjà raconté une fois devant leur classe ou devant des plus grands.
L’objectif était de leur permettre de raconter à leur tour s’ils en avaient envie.

Ces séances ont suivi le schéma suivant :

- choix collectif d’un ou de plusieurs contes
- remémoration collective
- choix et narration individuelle ou à deux de contes avec enregistrement audio
- invention orale de contes.

Ce sont les enfants qui ont décidé de ce qu’ils voulaient faire. Il faut remarquer que ce sont les élèves qui ont entendu une cinquantaine de contes sur 3 ans qui ont été volontaires, soit les 12 CE2 .
Plusieurs ont été capables d’inventer en se servant des structures des contes entendus et qu’ils savent conter ( la grosse carotte devenu la grosse fleur ou l’énorme poireau retrouvant la tradition populaire millénaire pour ce conte ( v le gros navet chez Castor poche)

Ce type de projet sera continué l’an prochain avec les nouveaux CE2 qui eux aussi en seront à leur quatrième année d’écoute et de narration de contes (voir enregistrement Vidéo ) et la présence régulière du conte sera recherchée.

Carnet de bord de l’intervenante Nicole

Lundi 23 février  :

Je suis touchée de revoir ces élèves que je connais depuis 3 ans puisque j’interviens comme conteuse bénévole dans le RPI de Dragey Ronthon ST Jean le Thomas depuis 2012/2013. Il y a Amalia, Jasmin, Heloise, Louna ,Ornella, Armance, Alice, Alice Anne, Noémie, Paul, Ambre et Axel , le seul de CM1 qui n’a pas entendu autant de contes que les autres. Tous sont volontaires et ont envie de conter à leur tour. L’enseignante Florence est présente et a organisé les séances.

Je commence par leur raconter un conte qu’ils avaient demandé avant les vacances « la sorcière de la mer » Je viens deux fois par trimestre la veille de chaque vacances selon une coutume bien ancrée de l’association des Amis de la Bibliothèque mais je ne viens pas régulièrement chaque semaine comme je le fais à Dragey dans les 3 classes du RPI qui accueillent respectivement les PS /MS, GS CP de fin d’année, CP/Ce1.

Nous demandons aux élèves quels contes ils veulent raconter à leur tour.
Leur choix se porte sur 4 contes : après avoir écarté les deux qu’ils avaient racontés l’année précédente ( les trois plumes /l’araignée et la tortue ) sans leur interdire de le raconter plus tard.
-  La puce et le pou ( une version chez Didier Jeunesse) conte traditionnel où les objets se dérèglent pour venir en aide à un personnage choisi par six
-  L’oiseau d’or ( entendu en CP deux ans avant )choisi par six
-  Le tael d’argent ( entendu une seule fois juste avant les vacances de Février ) choisi par dix
-  Trois citent le conte les échanges raconté par Gougaud in "contes d’Afrique" entendu une seule fois en novembre et ils me demandent de le raconter à nouveau une prochaine fois
-  Huit citent « la princesse de pierre » de Grimm que j’ai raconté une seule fois en décembre .

Deux groupes sont formés : Florence emmène à la bibliothèque Amalia, Louna Ambre et Paul – pas vraiment content car il ne s’en souvient pas !- Florence ne connait pas ce conte de la puce et du pou et ils vont retrouver parfaitement la structure en s’y mettant tous. Le groupe revient raconter devant l’autre groupe en fin de séance en se partageant les épisodes. Paul sera content à la fin d’en raconter une partie. Cela fonctionne très bien.

Le second groupe reste avec moi pour le Tael d’argent  : il est étonnant de voir qu’ils se souviennent très bien de ce conte qu’ils n’ont entendu qu’une seule fois ; toute la structure est retrouvée parfois avec des corrections mutuelles sur la succession des différents objets qui vont aider la grand-mère mais leur place est fixée par la suite des événements : les petits pois qui vont faire tomber le tigre, l’œuf qui lui éclate à la figure et l’aveugle, le crabe dans la bassine où le tigre veut se laver, le bâton dans le lit qui le frappe quand le tigre veut tuer la grand-mère, la grenouille qui accompagne de ses croassements les coups et le marteau au-dessus de la porte qui assomme le tigre. Les répétitions du bruit de la pierre à aiguiser « Tsin tsin tsin « et la réponse de la faucille : « affute, affute, affute » sont répétées par tous en chœur avec plaisir. Seule la chanson est oubliée mais réinventée et bien à sa place. Le problème est de gérer les meneurs de parole et ceux qui la gardent alors que Jasmin aurait eu besoin de plus de temps ; il lâche le groupe.
Ils vont à leur tour redonner le conte devant l’autre groupe et c’est Axel qui commence de façon très personnelle et efficace pour donner le début du conte. Seulement trois épisodes seront contés car il y a beaucoup de répétition …. et à 16h 30 le car est là pour les emmener chez eux !

Lundi 2 mars 2015

Ils demandent à raconter l’oiseau d’or mais ont du mal : toute la séance se passe à retrouver collectivement le conte. Ils sont très actifs et participants.

Lundi 9 mars 2015

J’ai raconté l’oiseau d’or en classe complète.
Ils veulent toujours raconter l’oiseau d’or de Grimm. Ils choisissent ce qu’ils veulent raconter pour la prochaine séance où ils seront enregistrés.
Lundi 16 mars Florence enregistre la moitié des élèves
La puce et le pou ( Amalia et Louna) ; la grosse carotte( Alice Anne et Héloise ) ;

Lundi 23 mars 2015

J’ai raconté trois versions en classe entière avant la séance APC sur le thème de l’animal lent qui gagne devant un plus rapide le lièvre et la tortue, la gazelle et l’escargot, le renard et le limaçon . La classe réfléchit spontanément sur les différences entre les trois versions : dans la première le lièvre se fait avoir par sa prétention et sa paresse ; l’escargot fait appel à ses amis : les faibles réussissent contre les forts quand ils s’unissent et le limaçon réussit en utilisant dans son corps précisément ce que le renard critiquait : la bave.
Deux groupes pour la séance APC ; un avec Florence qui enregistre ceux qui ne l’ont pas été : la toute petite bonne femme ( Ornella) Jasmin l’oiseau d’or ( début )
L’autre avec moi : Noemie et Armance racontent la grosse faim de petit bonhomme et Axel raconte le lièvre et la tortue, conte que je viens juste de raconter dans la classe complète puis vont à leur tour se faire enregistrer.
Amalia demande à raconter un conte de son invention : la grosse fleur que personne ne peut cueillir et c’est un petit ver de terre qui arrivera à la faire tomber. Elle reprend totalement la structure du conte la grosse carotte en changeant les objets et intervenants.
Noémie raconte les trois chatons ( histoire inventée) et Louna le cheval bleu et le cheval rose (idem).
Tous veulent inventer des contes ; une consigne leur est donnée : avoir la fin de son conte dans la tête.

Lundi 30 mars 2015 : dernière intervention : tous les élèves arrivent avec une histoire de leur invention
Amalia « la dame et son foulard  » ; Axel «  la règle magique qui rétrécit » ; Jasmin « la création de la meuh cola  » ; Louna demande à raconter mieux «  le cheval bleu et le cheval rose » ; Ornella « la vieille dame et la pièce » Noémie « la jument transformée en Pégase »  ; Axel « le petit diable » , Ambre « le renne et le père Noel »  ;
Puis trois veulent raconter un autre conte : Amalia « la maitresse et ses élèves »conte gentiment critique sur l’école ; Louna « la fleur magique » ; Ambre « bébé ours et le phoque » conte à structure répétitive .
Beaucoup de ces histoires reprennent des thèmes et des structures rencontrées dans les contes entendus ( répétitions ; rencontres répétitives ) ; l’imaginaire est riche ; le récit et les paroles sont bien maitrisées. Les phrases sont correctes ; le PS et l’imparfait bien maitrisés dans la partie récit ; le PS presque correctement conjugué.
Amalia se révèle comme la plus compétente et son deuxième conte est une critique malicieuse de l’école . Elle est pétillante … et dit qu’elle adore inventer des histoires
Un seul n’a pas d’histoire à raconter .
Ce groupe baigne dans les contes . Je rencontre souvent des parents qui me disent que leur enfant conte à la maison. La maman d’Amalia témoigne du changement de sa fille qui a progressé grâce aux contes depuis 2 ans.

Remarques de Florence enseignante de la classe

Focus sur deux élèves : Poursuite des APC avec deux élèves Amalia et Jasmin.
Dès la première séance , Amalia veut bien me raconter "La grosse fleur" qu’elle a inventée J’ai demandé à Jasmin d’en inventer un de la même manière. Il a réussi à nous conter avec plaisir « L’énorme poireau » mettant en scène le grand-père, la grand-mère, le petit garçon, la petite fille, le renard, le lapin, le poussin et la fourmi. Il ne s’est trompé à aucun moment et il a conté avec facilité. J’aurais pu l’enregistrer aussitôt !
Tous les deux ont raconté le début de la soupe aux cailloux que l’on met en danse. Je n’ai eu qu’à les aider pour deux mots de vocabulaire ( étrangers, villageois) et pour les inciter à enrichir leurs phrases. En dix minutes, ils m’avaient conté le début du conte : 3 phrases complexes bien structurées et bien enchaînées.
Amalia se montre de plus en plus performante à l’oral, elle formule des phrases cohérentes, elle est capable de raconter un conte bien structuré avec peu d’hésitation sur l’utilisation du passé simple. Elle progresse en lecture mais l’écrit reste difficile. Elle a besoin du passage par l’oral pour formuler ses phrases de réponse aux questions écrites. Ce passage par l’oral lui permet de se corriger toute seule si sa phrase écrite est mal formulée. Elle sait le faire alors que beaucoup d’élèves n’y arrivent pas – parmi ceux qui n’ont pas entendu de contes –Elle invente beaucoup d’histoires à la maison selon le témoignage de sa mère.
Elle a encore besoin d’aide sur le vocabulaire ( aide pour trouver le mot précis ou pour trouver des synonymes...)
Jasmin prend confiance en lui à l’oral. Il hésite de moins en moins et ses paroles s’écoulent mieux. En petit groupe restreint c’est plus facile : Jasmin sait aussi aider Amalia. Il a commencé à écrire spontanément un conte sur un cahier. Il a fait de gros progrès .
Il conte en structurant avec beaucoup d’imaginaire et d’humour. Il apporte un vocabulaire riche qu’il hésite encore à proposer , de peur de se tromper.

Présence du conte dans la classe :

En dehors de séances avec l’intervenante il y a peu de séances de contes racontés oralement mais le conte est présent en lecture.
Sur les Fées : version africaine, allemande.
Sur la soupe aux cailloux : la classe a été divisée en 2 groupes , les CM1 d’un côté et les CE2 de l’autre, avec chacun une version dans 2 salles différentes . Chaque groupe devait raconter à l’autre et ils ont réussi : ils ont lu le livre album ensemble et se sont entrainés à le raconter collectivement. Ils ont réussi dans la bonne humeur ! Le groupe de Ce2 qui a entendu des contes depuis 3 ans a été plus à l’aise et spontané. Paul a conté mais il est resté sur la succession des images, sans l’enchainement du texte, à la différence de ce qu’il sait faire quand il conte.
La soupe aux cailloux a été mise en spectacle de danse avec le texte raconté parmi les élèves : Paul a très bien su raconter ce conte aux autres.

Florence Dubois Guillemot et Nicole Launey juin 2015